Un déficit de gouvernance !

11/2013 • Nawal Houti, Point de vueCommentaire (0)0

«Il est temps que Casablanca fasse sa révolution et seule son intelligentsia peut réellement l’enclencher !»


«En un mot, le problème dont souffre la capitale économique tient essentiellement à un déficit de gouvernance». Cet extrait du discours royal de l’ouverture du Parlement en octobre dernier, résume parfaitement la manière catastrophique dont est gérée la ville de Casablanca. Le Souverain n’y est pas allé par quatre chemins. Il a pointé du doigt les maux dont souffre la capitale économique et leurs responsables. Vous imaginez bien que dès le lendemain ce fut le branle-bas de combat dans les communes puisque le Souverain est allé jusqu’à évoquer le niveau de saleté désastreux de celle qui est amenée à devenir un hub financier dans la région. Balais, balayeuses, aspirateurs,… on a sorti l’artillerie lourde pour nettoyer une ville qui s’apprêtait à fêter Aid Al Adha. Or ce matériel a toujours existé, mais on ne le sortait que la veille d’une visite royale, et le Souverain n’a jamais été dupe, il l’a bien insinué! Les élus locaux de Casablanca avec, à leur tête, le maire Mohamed Sajid, ne sont donc pas près d’oublier cette gifle assénée par le Roi. Mais quel en est l’impact réel? Dans une vraie démocratie, le maire aurait dû démissionner avec une redéfinition du Conseil. Or, chez nous, rien de tout cela, on croit qu’en balayant quelques coins de rue, on va sauver la mise et redorer son blason. Que nenni! Il est donc temps que Casablanca fasse sa révolution et seule son intelligentsia peut réellement l’enclencher! Alors où est-elle, que fait-elle? N’est-elle pas jalouse lorsque le Souverain dit: «En effet, si de nombreuses collectivités territoriales bénéficient d’un modèle de gestion raisonnable, il en existe malheureusement d’autres qui pâtissent d’une gestion défectueuse de la part des instances élues». Et il donne comme exemple Rabat, Marrakech ou encore Fès qui jouissent d’une meilleure gestion, de meilleurs réseaux d’assainissement ou encore de bonnes infrastructures!

Cette intelligentsia n’a-t-elle donc pas son mot à dire vis-à-vis des élus qui la prennent en otage à cause des guéguerres de pouvoir qui, sans scrupules, relèguent l’intérêt de la ville au second plan. L’on pourrait même benchmarker sur d’autres villes dans le monde. Prenons le cas de Lyon en France, qui est gérée depuis 2001 par Gérard Collomb. Un maire de gauche qui a su inscrire la ville dans une dynamique vertueuse, en entretenant des relations de confiance avec les chefs d’entreprises et le milieu des affaires lyonnais. Lyon s’en est trouvée transformée et chaque quartier est marqué de son empreinte, à telle enseigne que la ville de tradition bourgeoise le plébiscite aujourd’hui. Ce dernier est ainsi presque assuré de briguer un 3ème mandat! Ce n’est sûrement pas le cas de Mohamed Sajid, le maire de Casablanca, qui est certes animé de bonne volonté, mais qui n’arrive pas à imprimer son modèle. Il a été désavoué sur plusieurs dossiers, mais n’en assume aucun, même celui de son échec quant à la gestion épouvantable d’une ville qui, à elle seule, reflète tout le pays. Mais, à mon humble avis, le plaidoyer royal visait aussi indirectement l’intelligentsia casablancaise qui subit sans réagir, même si on a vu tout récemment une petite ébauche de rébellion chez des habitants d’un quartier chic. Ils ont investi la rue et les réseaux sociaux pour dénoncer le saccage de leur avenue avec des places de stationnement réduites, des arbres déracinés et remplacés par des panneaux publicitaires! C’est certes un cas isolé, mais peut-être le début d’une prise de conscience des citoyens qui en ont ras-le-bol qu’on ne les considère jamais. Au-delà des infrastructures de base, les Casablancais ont besoin d’espaces verts, d’aires de jeux pour les enfants, de salles de théâtre, de bibliothèques,… C’est un projet global qui devrait s’inscrire dans le développement durable d’une ville qui croît sauvagement sans aucun schéma directeur, même si elle en a un!

Il est donc temps que cette intelligentsia composée d’hommes, de femmes, jeunes et moins jeunes, d’intellectuels, d’hommes d’affaires et des media, se mobilise et qu’elle soit plus critique à l’égard de ses élus en demandant régulièrement des comptes. Tous devront œuvrer pour veiller à ce que la gestion des affaires quotidiennes soit plus efficace et que cesse la politique de rente et la multiplication des fonctions, comme l’a si bien soulevé le Souverain lors de son discours d’ouverture du Parlement «On constate, de surcroît, la multiplicité des fonctions assumées par les membres de ces Conseils et le cumul des responsabilités, même si, par ailleurs, il existe des élus compétents, animés de bonne volonté et soucieux de l’intérêt de leur ville». Des compétences existent, en effet, et on vient de le voir avec la nomination du nouveau wali Khalid Safir. Encore faut-il qu’on le laisse travailler, car Casablanca a besoin d’un homme fort qui sache tenir tête aux diktats des élus et encore moins les fantômes d’entres eux!

 

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