Reda Dalil

Un gouvernement ZaaZaa

03/2017 • EditoCommentaires fermés sur Un gouvernement ZaaZaa0

Mines lugubres, visages blêmes, corps tétanisés, ils annoncent une joyeuse nouvelle. Enfin le Maroc a un gouvernement. A l’extrême gauche du cliché se tient Driss Lachgar, nœud gordien du blocage et premier secrétaire de l’USFP. L’héritier des Bouabid et Benbarka, mais à 20 sièges seulement, a mal boutonné sa veste. Son costume l’engonce comme un corset. Non, en fait, comme un costume pour six. Un ticket gagnant à six partis que tout sépare, mais que tout réunit, c’est-à-dire rien. La majorité comme un jeu de cartes qu’on manipule, rebat, coupe, mais qui donnera les mêmes probabilités, les mêmes chances de perdre ou de gagner. Partis sans idéologie, sans ossature, parfaitement interchangeables, parfaitement d’accord sur tout. Le libéralisme, le libre-échangisme, une politique de l’offre, un état providence fauché, tous, à la remorque d’une stratégie qui les dépasse et les unit à la fois, une stratégie qui se dessine très loin au-dessus de leurs têtes. USFPPS, RNMP, PJUC, MPFPPS, PPJD… Blanc bonnet, bonnet blanc, du pareil au même. Depuis un demi-siècle, les genèses des majorités s’accompagnent de sourires et de promesses mirifiques pour s’achever sur une soupe à la grimace. Youssoufi ou les envolées lyriques des grands soirs socialistes! Avez-vous dit alternance? Plouf! Abbas El Fassi et le rejet de l’autonomie décisionnelle érigée en dogme. Circulez, il n’y a rien à voir! Benkirane, le gouailleur, le bateleur, jurant ses grands dieux de gouverner pour le pauvre et contre le grand corrompu. Sa séquence finale sera celle d’un égo boursouflé, d’un bras de fer tenté, vainement,  bêtement, avec plus fort que lui. Allez hop, l’histoire ne sera pas tendre avec son souvenir! La démocratie, dit-on, est l’art d’être déçu, la transition vers la démocratie est l’art d’être déchu, Benkirane s’en rappellera. Notez que ces six mois perdus l’ont été sur l’autel de l’orgueil personnel, de l’hubris et de la morgue. Jamais il ne fut question de programme, de projet de société. La mort des idéologies a ressuscité les passions vénales, le culte de soi, de sa propre parole.

Reconnaissons à Saad Eddine El Othmani la lucidité de celui qui n’ouvre pas de front là où le combat est ridiculement déséquilibré. Il a été nommé pour former un gouvernement et il l’a fait. Punto Bare. Que l’USFP, l’Istiqlal, ou même la FGD en fassent partie, ou pas, n’y changera rien. La compétence d’un gouvernement se mesure à l’aune des difficultés et obstacles qu’il ne crée pas. Le laissez-faire est la meilleure des politiques. Et cette version 2017 n’est rien d’autre qu’un village Potemkine, une façade défraîchie dont s’habille la vraie autorité. El Othmani et ces alliés de circonstance rappellent ce jus panaché, le ZaaZaa, qui fait fureur en ce moment. Mixant fruits exotiques, fèves, avocat, dates, lait, fraises, dans un ragoût impressionnant, il est censé vous revigorer, mais vous n’en tirerez au mieux que dégout, au pis un début de diabète. Même la télévision publique ne se fait aucune illusion quant à l’efficacité de la coalition qui n’accorde aux négociations qu’une minute par JT contre des heures entières d’antenne sous d’autres cieux. Finalement, c’est Lachgar et son costume tirebouchonné qui aura offert la métaphore parfaite à cette majorité Frankenstein: un bouton mal ajusté. Certes, il ne paie pas de mine, il est bancal, branlant, déphasé, mais il fera l’affaire. Gentiment. Comme toujours…

rdalil@sp.ma

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