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Une lutte qui divise

05/2018 • EconomieCommentaires fermés sur Une lutte qui divise0

Alors que le Chef du gouvernement s’apprête à enclencher la stratégie la plus ambitieuse de lutte anticorruption à date, son ministre de la Fonction publique a exprimé une réticence quant au mode opératoire adopté. Les deux responsables publics se sont expliqués pour EE.

Etudiée entre 2013 et 2015 et lancée officiellement en mai 2016, la stratégie nationale de lutte contre la corruption souffrirait-elle d’un accroc? La raison: le ministre délégué chargé de la Réforme de l’Administration et de la Fonction publique (USFP), Mohamed Benabdelkader, a critiqué la stratégie estimant qu’elle a été conçue de façon surdimensionnée, avec pas moins de 239 projets. Pour lui, «c’est trop! Il va falloir que quelques projets soient fusionnés et reformulés. C’est une mise à jour plutôt, pas une refonte totale». S’agit-il donc d’une révision, d’une reformulation ou encore d’une refonte? Le Chef du gouvernement a été ferme à ce sujet dans sa déclaration à Economie Entreprises: «Aucune révision de la stratégie n’est à l’ordre du jour. Il s’agit plutôt de mieux planifier les programmes et de préciser les mesures prioritaires à prendre».
La stratégie élaborée à la fin de l’ancienne législature semble être le théâtre de divergences de points de vue quant à la démarche entreprise? Le Chef du gouvernement Saâdeddine El Othmani assure dans ce sens à Economie Entreprises qu’«il n’y a absolument aucune divergence entre le ministre chargé de la Réforme de l’Administration et le gouvernement. La Stratégie nationale de lutte contre la corruption a été conçue selon une démarche participative et consensuelle. Le gouvernement a tenu à ce que les représentants de toutes les forces vives de la nation participent à son élaboration: autorités gouvernementales, représentants de la société civile, Transparency Maroc, CGEM…» La stratégie de lutte contre la corruption est prioritaire pour Saâdeddine El Othmani, il en a même fait un projet pivot de son mandat. Et il se sait attendu sur ce volet!

Priorisation
Ainsi, concernant le nombre de projets (239) jugé excessif par Benabdelkader, le Chef du gouvernement assure que «la stratégie est articulée autour de 10 programmes composés de 239 projets. Il ne faut pas oublier que ces programmes sont étalés sur une période de 10 ans, ce qui fait en moyenne 24 projets par an, tous coordonnés par les ministres et les présidents des instances concernées, ce qui n’est pas excessif». Par ailleurs, tous les programmes ne sont pas égaux en termes de masse de travail. L’objectif n’est donc pas de réduire ces projets, mais de rassembler certains d’entre eux qui présentent des points communs pour éviter les redondances et les déperditions de synergie, notamment ceux qui sont transverses à tous les ministères, et de procéder par priorisation. Sur cet objectif de rassemblement de projets, El Othmani et Benabdelkader se trouvent être sur la même longueur d’onde. Qu’est-ce qui bloquerait alors? Le ministre de la Fonction Publique affirme qu’«il n’y a pas de priorisation, il ne faut pas se focaliser qu’au niveau de la sensibilisation et de la communication». Ce dernier a donc proposé une approche «risques» de lutte contre la corruption, surtout au niveau de l’Administration publique. Une réunion est programmée pour identifier 4 à 5 hauts risques de corruption dans les services publics. «Nous passerons [ensuite] aux risques moyens et aux plus faibles», a-t-il ajouté. Gendarmerie, DGSN, justice, départements ministériels et société civile participeront à cette réunion de travail. La rencontre permettra également de fixer les projets susceptibles d’être fusionnés, en établissant les priorités.

Retrouver l’intégralité  de l’article dans le N° 214 D’Economie Entreprises (Mai 2018)

Sanae Raqui
sraqui@sp.ma

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