Industrie national du cahier

Une victoire de papier

04/2018 • EconomieCommentaires fermés sur Une victoire de papier0

La revanche de l’industrie nationale du cahier sur les exportateurs tunisiens, épinglés pour pratiques anticoncurrentielles, ne règle pas le problème de compétitivité du tissu local… Loin de là.

Soulagement immense pour les plaignants ayant œuvré d’arrache-pied depuis des années, auprès du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, pour qu’une enquête soit diligentée sur les pratiques jugées «anticoncurrentielles» du cahier tunisien. Rappelez-vous : il y a moins d’un an, le département du Commerce extérieur est saisi par une poignée de fabricants locaux de cahiers qui s’insurgent contre le raz-de-marée dévastateur d’une soixantaine de références originaires de Tunisie. Ce lobbying intense est déclenché par les derniers rescapés d’une branche industrielle menacée de disparition. L’industrie marocaine du cahier, incarnée aujourd’hui par cinq entreprises (Mapaf, Promograph, Med Paper, Imprimerie moderne et Sopalemb) alors qu’elle comptait encore une quinzaine d’acteurs il y a seulement une décennie, génère à peine quelque 1.000 emplois directs et au plus 12.000 postes indirects. Pour cet oligopole, l’enjeu est de reprendre la main sur le marché national, estimé à 22.000 tonnes de cahiers par an. A tout prix.
Malgré un nombre d’acteurs divisé par 3 en l’espace de dix ans, la demande de cahiers reste bien inférieure à la capacité de production du tissu national. Pour autant, les industriels marocains ne parviennent pas à dominer le marché, en raison de la forte emprise exercée par les produits du voisin, dont la part de marché a crû sensiblement depuis que ses registres et opuscules ont fait leur première apparition sur les étalages des libraires. En 2017, les importations de cahiers en provenance de Tunisie ont franchi la barre des 7 milliards de tonnes. Autrement dit, 35% de part de marché grignotée au fil des années et autant de pertes pour toute une industrie locale. «C’est simple, on attend que les produits tunisiens soient vendus pour pouvoir écouler nos stocks», témoigne Jalil Benddane, directeur général de la Mapaf.

Retard de compétitivité
La percée remarquable des entrants tunisiens sur le marché domestique remonte au début des années 2000. Progressivement, le flux massif importé occasionne le ralentissement des cadences de production locale, car plusieurs industriels sont dans l’incapacité de faire baisser davantage leurs coûts de revient. Et c’est particulièrement le coût d’approvisionnement, composante essentielle du coût opérationnel (coût de revient=coût d’approvisionnement+coût de production+coût de distribution, ndlr), qui grippe la machine. Lorsque le coût d’achat des matières premières, notamment du kilo de papier, revient à 12 voire 13 DH au Maroc, les fabricants tunisiens s’approvisionnent à un prix «30 à 40% moins cher». C’est de là que naissent les premiers soupçons de dumping et l’idée selon laquelle les cahiers tunisiens seraient non seulement subventionnés en Tunisie, mais aussi à l’export. «Nous avons considérablement investi ces dernières années et ce, malgré des conditions de marché difficiles en raison des importations déloyales originaires de Tunisie, mais nos lignes de production tournent au ralenti», explique un membre du collectif des producteurs de cahier.

Retrouver l’intégralité de l’article dans le N° 213 d’Economie Entreprises (Avril 2018)

Ayoub Ibnoulfassih
aibnoulfassih@sp.ma

 

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